Depuis que j’ai rejoint la Commonwealth War Graves Commission en mai dernier, j’ai consacré la plupart de mon temps à répondre aux demandes d’information des médias sur le projet de Fromelles. Étant donné que la découverte, la fouille et aujourd’hui la réinhumation des 250 soldats représentent l’une des découvertes majeures faites sur la guerre depuis 1945, il est normal que tant de journalistes veuillent couvrir les détails de ce projet fascinant.
Au petit matin du samedi 30 janvier, date de la première réinhumation, il faisait froid, très froid ! Mais l’essentiel était qu’il ne pleuve pas… Mis à part quelques légers flocons, qui ont donné au cimetière un air hivernal, notre souhait s’est réalisé et un soleil éclatant a fait étinceler la pierre de la Croix du Sacrifice et de la terrasse.
Nous avions prévu que les médias seraient nombreux, et c’est ce qui s’est produit. Des radiotélévisions comme ITV et la BBC sont arrivées de Grande-Bretagne, aux côtés de ABC, Channel 7 et Channel 9. Un grand nombre de chaînes télévisées et de radios françaises, ainsi que des chaînes internationales comme CNN et Reuters TV, étaient également représentées. La presse écrite comptait des correspondants de l’AP, l’AFP, la PA et Reuters, ainsi que de nombreux journalistes hommes et femmes. La presse australienne était représentée par le Sydney Morning Herald et The Australian; la presse britannique par le Sunday Express, l’Observer, l’Independant du dimanche et le Sunday Telegraph ; quant à la presse française, elle a continué à s’intéresser à une histoire très émouvante pour de nombreuses personnes.

Après un point presse, j’ai pris ma caméra et rejoint une vingtaine d’autres caméras de télévision dans la zone de prise de vue. Ayant travaillé auparavant pour la télévision, l’une de mes activités consiste à filmer des événements comme celui de Fromelles et à rédiger des rapports sur mesure pour le site Internet de la Commission, ainsi qu’à fournir des séquences d’émission.
La cérémonie elle-même fut émouvante et sobre. Les soldats britanniques et australiens s’étaient entraînés pendant des jours, répétant la cérémonie dans ses moindres détails. Leur travail fut récompensé lorsque le cercueil fut sorti du corbillard, porté lentement jusqu’au milieu du cimetière et descendu avec précaution dans la sépulture. Les drapeaux à mi-mât, les clairons sonnèrent le chant du « Last post » qui fut suivi d’une salve d’honneur en l’hommage du soldat disparu. Nous avons ensuite entendu le discours des plusieurs hommes politiques et dignitaires qui ont chacun rendu hommage au sacrifice des disparus ainsi qu’à toutes les personnes et organisations ayant permis leur réinhumation. La phrase qui m’a le plus marquée a été prononcée par le vice-président de la Commission, l’amiral Sir Ian Garnett, qui a déclaré : « “Le but de toute l’opération de Fromelles a toujours été de rendre à ces soldats la dignité dont ils ont été privés pendant près d’un siècle mais qu’ils ont si largement méritée, conformément aux principes fondateurs de la Commission ».

Après la cérémonie, à laquelle ont assisté des centaines d’habitants du village de Fromelles et des visiteurs venus d’Australie et du Royaume Uni, la plupart des personnes présentes se sont rendues à une réception organisée par le maire de Fromelles ; mais pour les médias et moi-même, la priorité était d’interviewer quelques-unes des personnes clé du projet. J’ai parlé à un soldat australien et à un britannique et il était évident que cet évènement avait pour eux une très grande signification, les inhumations faisant partie du quotidien de ceux qui servent en Afghanistan.
De retour au siège de Maidenhead, je continue à répondre aux demandes d’information des médias sur les réinhumations. La plupart des reportages qui ont couvert l’événement étaient précis et bien rédigés, même si quelques-uns peuvent laisser penser à tort que certains des soldats qui seront réinhumés ont déjà été identifiés. Ce n’est pas le cas, et nous sommes en train de contacter les journalistes concernés à ce sujet. Il est essentiel de ne pas donner de faux espoirs aux proches de ces soldats disparus. Tous ces hommes seront réinhumés en tant que soldats inconnus. En mars prochain, un panel de spécialistes se réunira pour examiner l’ensemble des preuves et déterminer, le cas échéant, le niveau d’identité susceptible d’être établi pour chacun. Certains soldats retrouveront un nom, d’autres seront simplement identifiés comme ayant servi aux côtés des forces australiennes ou britanniques et la plupart demeureront inconnus.






